Bonjour,
Pour compléter le post de miragex, voici un article que j'ai conservé concernant cette superbe monnaie dont je rêve également :
La "piastre Decaen",
première et unique pièce de monnaie frappée à Maurice
La "piastre Decaen" dont la fabrication a été ordonnée par le capitaine-général Decaen en 1810, a la réputation d'avoir été la première pièce de monnaie frappée à Maurice, alors l'Isle de France pour quelques mois encore. En fait, elle est l'unique pièce de monnaie frappée à Maurice. Et peut-être même "dans une colonie française". Il est d'intérêt de savoir ce qui a amené le dernier gouverneur français de l'île à confier la frappe de cette pièce au médailliste Jean Marie Adrien Aveline (1751-1823), d'autant que c'est le 255e anniversaire (ndlr : en 2006) de naissance de ce dernier cette année et que plusieurs collectionneurs mauriciens sont détenteurs des exemplaires originaux de la "piastre Decaen".
C'est dans les circonstances troubles entourant le bras de fer entre la France et l'Angleterre dans l'océan Indien, que le général Decaen a fait frapper la pièce de monnaie dite "piastre Decaen". "Après la capture de l'Oviedor par l'Entreprenant de Pierre Bouvet, Decaen arrêta le 6 mars 1810 que des lingots provenant de la prise seraient convertis en monnaies coloniales." L'Oviedor était un navire portugais et l'Entreprenant une corvette française. La prise qui remontait au 20 octobre 1809 "comprenait 230 000 piastres espagnoles et des lingots d'or et d'argent". L'éventuelle transformation de ces lingots en monnaie répondait à un double impératif, sécuritaire et pratique: "pour éviter l'exportation de ces matières d'or et d'argent", ce qui était risqué à un moment où les navires anglais sillonnaient l'océan Indien; d'autre part, pour "améliorer les finances de la colonie" et "faciliter les transactions particulières".
Les pièces d'argent et d'or sont ainsi décrites dans le Code Decaen :
"Pour la monnaie d'argent : le titre sera de dix deniers. La taille sera de 9 pièces et un septième au marc. La valeur monétaire de chaque pièce sera de 10 livres, argent de la colonie. Leur diamètre sera de trois centimètres et neuf millimètres et leur épaisseur de deux millimètres.
Pour la monnaie d'or : le titre sera de 20 karats. La taille sera de 36 pièces et quatre septièmes au marc. La valeur monétaire de chaque pièce sera de 40 livres, argent de la colonie. Le diamètre des pièces sera de deux centimètres et deux millimètres et leur épaisseur de deux millimètres".
Les travaux confiés au médailliste Aveline
La frappe de la monnaie en question a été confiée à un orfèvre-bijoutier, Jean Maie Adrien Aveline, "un artiste… pour capable d'exécuter toutes les opérations de monnayage, possédant les matériaux et ustensiles qu'exige ce travail", selon l'arrêté du 6 mars 1810, qui précise "qu'il est convenable de traiter avec cet artiste, pour l'entreprise de la fabrication projetée, pour laquelle il demande huit pour cent pour tous frais". Un second arrêté en date du 8 mars indique les détails de l'inscription et des reliefs devant figurer sur la "piastre Decaen".
Comment se présente cette "piastre Decaen" à sa sortie de chez le monnayeur ?
"Cette "piastre Decaen", en argent, mesurant 39 millimètres de diamètre et pesant 27 grammes, porte à l'avers "l'aigle impériale couronnée" tenant la foudre en ses serres et au pourtour l'inscription: Iles de France et Bonaparte, avec la signature d'Aveline entre le début et la fin de l'inscription. Au revers le centre est occupé par les mots dix livres entourés au pourtour par deux palmes "de laurier et d'olivier" nouées au-dessus du millésime 1810 - alors que l'arrêté stipule que ce chiffre devait paraître à l'avers. La pièce porte un cordon sur la tranche."
Il est utile de préciser que "la monnaie d'argent seule fut frappée" et que "les lingots d'or furent utilisés à d'autres fins".
Une médaille commémorative de baptême signée Aveline
Le médailliste Aveline auquel le général Decaen confiait la frappe de la piastre de dix livres, était une connaissance personnelle de ce dernier. "Il avait acquis une certaine notoriété par la frappe d'une médaille commémorant le baptême du fils du Général De Caen." Cela s'est passé en octobre 1806, l'année où le Général Decaen avait créé la ville de Mahébourg (on célèbre donc en cette année 2006, un double bicentenaire, celui de la création de Mahébourg ainsi que celui de la naissance du fils du Général Decaen). "Sous Decaen, il (Aveline) grava, aux frais de la colonie, la médaille commémorative du baptême du fils aîné du capitaine général, Gustave Hippolyte Emilien Isle de France."
Comment se présente cette médaille commémorative et qui en étaient les destinataires ?
Elle était de "58 millimètres de diamètre portant au pourtour de l'avers les noms des parrains et marraines, Thomas Dayot et Marie Françoise Barrois et au centre les prénoms de l'enfant et l'inscription: baptisé au nom de la colonie le 19 octobre 1806; au pourtour du revers les mots reconnaissance, attachement, une couronne de roses et au centre Les habitants de l'Isle de France au capitaine général Decaen, et la signature du médailliste. Des exemplaires en argent furent remis à tous les assistants au baptême, alors que quatre exemplaires en or revenaient à l'enfant, à son père et aux parrain et marraine".
En collections privées et sur timbre-poste
Que reste-t-il de la "piastre Decaen", première et unique pièce de monnaie frappée à Maurice, alors Isle de France ? "Mais valant plus que sa valeur faciale, elle ne tarda pas à disparaître et, seuls, quelques heureux collectionneurs conservent un exemplaire de nos jours." On compterait actuellement une dizaine de ces "heureux collectionneurs", dont M. Junid Abi (joignable au téléphone sur le 242-1327) qui, lui-même, a acquis la pièce d'un collectionneur pour quelques milliers de roupies. Les exemplaires que possèdent ces collectionneurs sont de qualité inégale. Ainsi, la pièce que possède M. Junid Abi est un exemplaire dont la frappe manque de netteté, avec pour résultats qu'à l'avers, la poitrine de "l'aile impériale couronnée" est mal définie; qu'au revers, les mots "dix livres" sont escamotés. Néanmoins, l'exemplaire, étant un original, a, malgré ses manquements, son pesant d'or. Il est évident que les exemplaires en parfait état valent davantage. "Well struck examples command a premium."
D'autre part, il existe une reproduction de la pièce sur timbre-poste. "La "piastre Decaen" fut reproduite sur un timbre-poste de l'Ile Maurice en 1978 avec l'inscription: "First coin minted in Mauritius".
B. Burrun (5 novembre 2006)
Source :
http://www.lemauricien.org/weekend/061105/mg.htm
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